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Data (R)évolution : Performance et Capacité d’Exécution !

Depuis toujours, les data occupent une part cruciale dans le monde de l’Aéronautique (Calcul de structure, résistance des matériaux, aérodynamisme, mécanique des fluides, propulsion…)

Malgré cela, comme l’indiquait avec malice Marc Fontaine (CDO Airbus) lors des Data-Days à Toulouse en Mars 2019, Excel demeure l’outil de référence qui permet de faire voler les avions !

Avec la demande toujours croissante de mobilité pour les personnes et transports de bien, le secteur aéronautique s’est transformé rapidement d’une industrie relativement artisanale avec faible série, à des volumes grandissants qui combinés à des configurations avions spécifiques par Airlines, engendrent une complexité exponentielle de l’écosystème à gérer !

Le premier objectif d’accès à la donnée a donc été d’assurer le suivi des activités (Reporting) puis comprendre les dysfonctionnements avérés (Root Cause Analysis) via des deep-dive au sein de plusieurs systèmes disparates, a posteriori sur des données « post-mortem ».

Avec l’accroissement des cadences de production, la multiplication des configurations possibles (Plusieurs centaines de milles de composants) et multiples sourcing de ces composants auprès de milliers de fournisseurs, les problèmes de qualité ont explosé et les retards ont augmenté!

La seconde ambition a donc été de mettre sous contrôle le cycle de vie produit, ceci permettant par ailleurs la réduction du Time To Market, enjeu majeur dans un environnement concurrentiel croissant. Cela s’est révélé possible grâce à la numérisation de nombreux processus, depuis la conception de la maquette numérique, les cycles de simulation, la gestion des appro, la fabrication, la certification …qui tous génèrent de nouvelles formes de données. L’exploitation de celles-ci permet d’améliorer la productivité globale, notamment en anticipant les problèmes de Supply Chain, réduisant les problèmes de qualité (Right First Time), accélérant la résolution des incidents (Time To Get a Fix) … permettant au final un gain de performance opérationnelle.

Le monde aéronautique s’appuie sur des applications très silotées, par domaine fonctionnel, mais aussi spécifique à certains programmes avion – Chaque nouveau programme donne souvent lieu à la sélection d’une gamme applicative spécifique utilisée pour ce nouveau produit (contrairement au monde automobile). Pour satisfaire cette seconde ambition, l’enjeux principal est de « dé-silotés » ces données cloisonnées par construction en les connectant. La solution la plus simple choisie a souvent été la mise en place d’un ou plusieurs Data Lake(s) …à défaut de repenser les architectures « legacy » dessinées pour supporter des programmes avions pendant plusieurs décennies à une époque où ce problème d’accessibilité et bonification de la donnée n’en était pas encore un.

Cette solution a permis de faire un pas de géant dans l’exploitation des données mais comporte par construction un nouvel écueil structurant qui est l’incapacité à faire du Temps Réel, car la boucle retour dans les applications sources n’est pas possible !

Cette capacité à faire du « quasi temps réel » entre l’analyse du contexte et la prise de décision, pour action immédiate constitue LE prochain enjeu majeur, à même de faire passer un nouveau palier de performance à l’industrie Aéronautique !

 Le second enjeu est relatif à la création de nouveaux Business Models ! C’est ainsi que les Groupes Aéronautiques cherchent à valoriser leurs données en les combinant avec des données externes, pour les monétiser sous formes de nouveaux services, et ainsi générer de nouvelles sources de revenus. Le modèle de servitization s’appuyant sur une approche XaaS (produit as a service) est la plus évidente, mais l’ambition va bien au-delà. Tous les grands acteurs ambitionnent de développer massivement la part de leur service, en développant des offres de maintenance prédictive, s’appuyant notamment sur le « Hangar du Future » totalement connecté, à l’image de ce que peut être l’usine du futur qui capitalise sur les concepts de l’Industrie 4.0 !

A noter que ces deux enjeux présentés de façon séparée, ont vocation à être liés dans une approche vertueuse où les données de fabrication permettent de mieux prédire les taches de maintenance, et les opérations de services permettent d’améliorer le cycle de conception/fabrication produits. Airbus regroupe ainsi cette approche sous le concept DDMS. (The Digital Design Manufacturing and Service project aims to create an integrated system between design, manufacturing, supply chain and support & services with customer satisfaction in mind.)

 Sachant que 80% de la valeur d’un avion (donc des données) est issu des suppliers (Tier1, Tier2…TierN) ; C’est une véritable guerre du «Data Ownership » que se livrent les Equipementiers, OEMs et les Airlines qui détiennent la relation au client final ! L’ensemble des acteurs cherche alors à valoriser « ses propres » données, toutes intégrées à une seule et même chaine de valeur.

C’est aussi l’occasion pour de nouvelles sociétés d’exploiter en open source les gisements de data, permettant ainsi la création ex-nihilo de nouvelles formes de services (Exploitation d’image satellites, réduction de la consommation de kérosène en combinant les données météo (vent, pression atmosphérique, température, humidité) et performance de l’avion, ainsi que des données du Traffic aérien…

A noter également, à horizon légèrement plus lointain, l’activité aéronautique va littéralement exploser avec l’arrivée des Drones et VTOL (Vertical Take Off Landing) autonomes pour transports des personnes ou livraison des colis. Sans parler des nouveaux programmes spatiaux, qu’ils soient d’ordre privés ou sous l’impulsion des états. Les opportunités du secteur sont donc très importantes et suscitent énormément d’envie !

Enfin, ces évolutions doivent bien évidemment se conformer aux contraintes de « Safety & Security », adressées avec la plus extrême attention comme cela a toujours été le cas par l’industrie aéronautique. La multiplication des données, la fragilité des systèmes et l’apparition de nouvelles formes de menace laissent entrevoir la naissance de nouveaux risques, aux conséquences incommensurables !

Ce panégyrique de la transformation des usages de la donnée dans le domaine aéronautique démontre bien le processus constant d’évolution. La révolution actuelle n’est donc pas tant liée à l’usage intrinsèque de la donnée qui en est fait, qu’à deux phénomènes nouveaux :

-       L’accélération exponentielle du rythme des évolutions, permise par des puissances de calcul et performances de stockage nouvelles – La donnée pouvant alors être véritablement exploitée comme une matière première

-       La capacité accrue d’exécution, apportée en combinant plusieurs typologies d’innovation (Digital Thread, Cloud, AR/VR, IOT, AI…) permettant ainsi de réaliser des approches, concepts ou algorithmes souvent imaginés il y a plusieurs décennies.

C'est donc bien la capacité d’exécution rapidement qui révolutionne le secteur, car « Sans exécution, une vision n’est qu’hallucination !» 

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